Perruches vertes : d’où viennent ces oiseaux exotiques qui ont colonisé Paris et toute l’Île-de-France ?

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Vous avez peut-être déjà sursauté en entendant un cri strident au-dessus d’un square, levé les yeux… et vu passer une grande ombre verte. Non, vous ne rêvez pas. Et non, ce n’est pas le perroquet d’un voisin en balade improvisée. Ces perruches vertes ont réellement colonisé Paris et une bonne partie de l’Île-de-France. Mais au fond, que font ces oiseaux exotiques ici, et faut-il s’en inquiéter ?

Qui sont vraiment ces perruches vertes de Paris ?

Ces oiseaux au plumage vert éclatant, au bec rouge bien marqué et au collier noir autour du cou, on les repère de loin. Au milieu des pigeons gris et des moineaux discrets, elles ressemblent presque à une erreur de décor. Comme si un bout de jungle s’était posé sur un lampadaire.

Il s’agit de la perruche à collier (Psittacula krameri). À l’origine, elle vit en Afrique subsaharienne et en Asie, notamment en Inde. Un oiseau de climat chaud, habitué au soleil. Pourtant, elle semble très bien supporter le ciel changeant et les hivers parfois froids d’Île-de-France.

Vous pouvez les voir voler en groupes bruyants, surtout tôt le matin ou en fin de journée. Elles aiment les grandes hauteurs : cimes de platanes, marronniers, grands arbres des parcs et des avenues. On a vraiment l’impression qu’elles surveillent la ville. Leur silhouette est devenue si emblématique que certains les dessinent, d’autres les impriment sur des papiers peints ou des affiches pour garder chez eux cette petite touche exotique.

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D’où viennent ces oiseaux exotiques qui survolent Paris ?

L’histoire ressemble à un scénario de film. Loin de la migration classique des oies sauvages, ces oiseaux seraient arrivés par… avion. Littéralement.

Dans les années 1970, plusieurs perruches à collier se seraient échappées de caisses de transport à l’aéroport d’Orly. Un incident souvent daté autour de 1976. Au départ, il ne s’agissait que de quelques individus, perdus dans une région inconnue pour eux. Puis, d’autres fuites et lâchers accidentels auraient eu lieu dans différents aéroports européens.

On parle parfois d’oiseaux échappés d’animaleries ou de particuliers, mais le plus gros de la population francilienne viendrait de ces évasions près des aéroports. Un mélange de hasard, de commerce d’animaux domestiques et de mondialisation. En quelques années, la perruche à collier est passée du statut d’oiseau d’ornement à celui de nouvelle habitante des villes.

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Une population qui explose en Île-de-France

Aujourd’hui, les spécialistes estiment que la population de perruches à collier en région parisienne se situe entre 10 000 et 20 000 individus. Nous ne sommes plus face à quelques fugitives. C’est une vraie population installée.

On les observe dans de nombreux parcs et espaces verts : bois de Vincennes, bois de Boulogne, parcs de banlieue, grands ensembles arborés, zones d’affaires avec beaucoup d’arbres comme La Défense. Elles suivent le ruban vert de l’Île-de-France, profitent des lisières, des jardins privés, des bords de route plantés, et y trouvent de quoi nicher et nourrir leurs petits.

Et Paris n’est pas une exception. Londres, Bruxelles, Amsterdam ou encore certaines villes d’Allemagne connaissent le même phénomène. La perruche à collier est devenue un oiseau typique des grandes métropoles européennes. Un oiseau qui vit entre gratte-ciel, périphériques et pelouses de parcs, là où l’on imaginait seulement pigeons et corneilles.

Pourquoi ces perruches s’adaptent-elles si bien au Grand Paris ?

Beaucoup de personnes se posent la même question : comment un oiseau venu d’Afrique ou d’Inde peut-il supporter les hivers franciliens, parfois proches de zéro ? Il y a plusieurs raisons à ce succès.

D’abord, la perruche à collier est une espèce très adaptable et opportuniste. Elle tolère mieux le froid qu’on ne le pense, à condition de trouver assez de nourriture. Or nos villes sont de véritables buffets à ciel ouvert : fruits des arbres urbains, graines, bourgeons, céréales dans les champs proches, restes de nourriture humaine, mangeoires installées pour les mésanges et les rouges-gorges.

Ensuite, la structure même des villes l’aide. Les grands parcs, les alignements d’arbres, les jardins d’immeubles, les bords de route arborés créent un réseau continu d’aires de repos et de nourrissage. Pour une perruche, Paris et l’Île-de-France ressemblent presque à une immense mosaïque de petites forêts.

Enfin, ces oiseaux vivent souvent en groupes serrés. Cette vie sociale les aide à repérer les bons endroits pour dormir, les sources de nourriture, et à se défendre contre certains prédateurs. Quand l’une trouve un bon spot, tout le groupe profite de l’information.

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Des oiseaux fascinants… mais pas toujours appréciés

Pour beaucoup d’habitants, croiser une perruche c’est un petit shoot de bonne humeur. Une touche de couleur dans un ciel gris. Une impression de vacances alors que l’on sort du métro ou que l’on traverse un parking.

Pour d’autres, l’histoire est moins idyllique. Ces oiseaux sont très bruyants, surtout lorsqu’ils se rassemblent le soir sur un même arbre pour dormir. Leurs cris perçants peuvent réveiller un quartier entier au petit matin. Certains riverains se plaignent de cette pollution sonore, qui s’ajoute déjà aux bruits de la circulation.

Les scientifiques, eux, les classent désormais comme espèce invasive dans plusieurs régions. Cela ne veut pas dire « mauvaise » par principe. Mais cela signifie qu’elles ne sont pas originaires du lieu et qu’elles peuvent perturber les espèces locales. Elles occupent par exemple des cavités dans les arbres qui auraient pu servir à des pics, des étourneaux, ou d’autres oiseaux locaux. Elles peuvent aussi entrer en concurrence pour la nourriture.

Faut-il s’inquiéter de leur présence en Île-de-France ?

La question divise, même chez les experts. Faut-il simplement les observer, ou chercher à limiter leur expansion ? La réponse n’est pas si simple.

Pour l’instant, en Île-de-France, leur présence est surtout suivie et étudiée. Des naturalistes comptent les perruches lors des dortoirs du soir. Les chercheurs analysent leur impact sur les autres oiseaux, sur les cultures, sur les arbres. Le but est de comprendre jusqu’où elles pourraient s’étendre et si elles représentent une menace sérieuse pour la biodiversité locale.

Il n’y a pas, à ce jour, d’alerte massive lancée auprès du public. Mais la notion d’espèce invasive rappelle une chose : un animal peut être à la fois beau, fascinant et potentiellement problématique. Un peu comme une invitée qui s’installe chez vous plus longtemps que prévu. Au début, c’est sympa. Puis il faut apprendre à poser des limites.

Comment les observer sans les déranger ?

Si vous avez envie de les voir de plus près, nul besoin de prendre un billet d’avion. Un grand parc, un alignement de platanes ou un parking arboré peuvent suffire. L’important, c’est de garder les yeux ouverts… et surtout les oreilles.

Pour mettre toutes les chances de votre côté :

  • venez tôt le matin ou en fin de journée, quand elles sont les plus actives ;
  • regardez les cimes des grands arbres, surtout les platanes isolés ou les grands arbres de bord de route ;
  • repérez leur cri aigu, un « krriik » perçant répété plusieurs fois en vol ;
  • gardez vos distances, ne tentez pas de les approcher, d’attraper un oiseau ou de le caresser ;
  • évitez de les nourrir, même si la tentation est forte. Cela modifie leur comportement et peut créer des nuisances locales ;
  • si vous prenez des photos, faites-le sans flash, calmement, et limitez les gestes brusques sous les arbres.

Vous pouvez aussi noter vos observations : lieu, heure, nombre approximatif d’oiseaux, comportement. Certaines associations naturalistes collectent ces données pour mieux suivre l’évolution de la population de perruches vertes en Île-de-France. C’est une façon simple de participer, à votre échelle, à la connaissance de cette espèce.

Une nouvelle habitante avec laquelle apprendre à cohabiter

Ces perruches vertes sont plus qu’une curiosité. Elles racontent une partie de notre époque. Le commerce d’animaux exotiques, les voyages internationaux, les cargaisons d’avion, la vitesse à laquelle une espèce peut se retrouver de l’autre côté du monde.

En quelques décennies, un incident à l’aéroport d’Orly a suffi pour changer le visage sonore et visuel de nos parcs. La prochaine fois que vous verrez un vol de perruches à collier traverser le ciel de Paris ou de sa banlieue, vous saurez qu’elles ne sont pas là par hasard. Derrière leur plumage éclatant, il y a une histoire de fuite, d’adaptation et de conquête discrète.

À vous maintenant de choisir comment les regarder. Comme une nuisance de plus dans une ville déjà bruyante. Ou comme un rappel, parfois dérangeant mais fascinant, que la nature trouve toujours un moyen de se faufiler dans nos vies, même au cœur du béton.

Caroline Valette
Caroline Valette

Je suis veterinaire comportementaliste specialisee dans les relations humains-animaux de compagnie depuis plus de 15 ans. Diplomee de l’ENVA (Ecole nationale veterinaire d’Alfort), j’ai exerce en clinique canine et feline avant de me consacrer au conseil aux proprietaires et refuges. J’interviens regulierement en associations de protection animale et en refuges SPA pour la prise en charge des chiens anxieux et des chats craintifs. Ma specialite editoriale porte sur le bien-etre global des chiens, chats et oiseaux domestiques ainsi que sur le decryptage des actualites qui impactent leur sante et leurs droits. J’ecris pour aider chacun a mieux comprendre son animal au quotidien.

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